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1. L'impasse du langage poétique écrit 2. Enchantement et désenchantement de la théorie de l'oralité 2.2. Littérature dans l'oralité a) Les formules dans le bertsolarisme actuel b) Expérimentation intellectuelle 3. Un nouveau cadre théorique pour le bertsolarisme improvisé
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A |
Les formules dans le bertsolarisme actuel Le bertsolarisme
improvisé a cessé dêtre plus accumulateur
quanalytique. Le caractère accumulateur et non analytique
de lexpression orale est dû, selon Ong, à ce que la
production de textes soit fondée sur un procédé de
formulation. Cest-à-dire, selon la théorie de loralité,
le poète compose ses pièces grâce à des unités
préfabriquées sur mesure que Ong, suivant Parry, appelle
formules. Parry définit ainsi la formule:
Il est incontestable
que le bertsolari sappuie dans son improvisation sur des unités
préalablement élaborées pour quelles se cadrent
dans les moules métriques quil doit utiliser. Ainsi la
notamment manifesté Jon Sarasua, bien quil nemploie
pas le terme de formule, mais celui plus métaphorique
de fragment. Quoi quil en soit, le bertsolari actuel
ne dispose pas dun répertoire fermé de formules, puisque
la variété des thèmes quil doit traiter rend
un tel répertoire irréalisable. De fait, lemploi des
formules de répertoire na dimportance seulement dans
les cas suivants: lorsque
la situation communicative est archétypique: bertsos de bienvenue,
offices funèbres, etc... Comme nous
lavons vu dans lépigraphe 2 du chapitre II, les thèmes
ou les rôles que les bertsolaris doivent aborder aujourdhui
sont bien loin dêtre archétypiques. La vertu
fondamentale du bertsolari nest pas son répertoire de formules,
mais la capacité de créer continuellement de nouvelles formules,
cest-à-dire, la capacité de cadrer nimporte
quel contenu mental, même sil est nouveau et complexe, dans
les schémas métriques les plus utilisés, qui, actuellement,
sont les structures de 5-5/8 syllabes et celles de 7/6. Une partie de
ce cadre peut se réaliser avant limprovisation, mais comme
il cela est dit dans le chapitre III, une grande partie du travail dencadrement
du bertso se fait au moyen de limprovisation. Ainsi comprise,
la nature de formulation du bertsolarisme ne fait daucune manière
obstacle à la capacité danalyse, mais lui sert de
véhicule. En réalité le métier de bertsolari
improvisateur consiste fondamentalement à une double habileté
de formulation. Dun côté, il faut quil soit capable
dimproviser en même temps des formules contondantes et adéquates.
Dun autre côté, il faut que le bertsolari soit un bon
gestionnaire rhétorique des formules quil a pu préalablement
élaborer. Lélaboration
préalable et consciente de formules qui, plus tard, sintégreront
dans limprovisation, ainsi que lusage rhétorique que
le bertsolari actuel fait de ces formules plus ou moins pré-élaborées,
sont peut-être certains des aspects différentiels du bertsolarisme
actuel par rapport à celui dépoques antérieures. Dans ce dernier
aspect, comme dans beaucoup dautres, le cas de Xabier Amuriza est
paradigmatique. Au lieu dutiliser les formules comme une simple
aide technique pour exprimer des situations ou des clichés, Amuriza
leur donne une grande charge poético-rhétorique, grâce
à laquelle les formules acquièrent dans ses bertsos une
grande importance communicative, il les utilise pour renforcer des idées
et des contenus qui sont loin dêtre des clichés ou
des archétypes. Il se distingue
surtout dans ses interventions en solitaire, lorsqu'il tient complètement
entre ses mains la représentation. Dans la finale du championnat
de1980, lorsque le thème bihotzean min dut (jai
mal au cur) lui est échu, Amuriza improvise trois bertsos,
nous citerons ici les deux premiers. Nous avons déjà vu
que le bertsolari a lhabitude de placer à la fin du bertso
la clé de sa stratégie rhétorique, largument
le plus consistant qui lui soit passé par la tête. Cest
précisément là, à la fin du bertso, quAmuriza
place ses formules chargées de force expressive. Fréquemment
la formule est un appel direct au public:
En dautres
occasions, un renforcement émotionnel de ce qui a été
dit:
Il semble
clair que ces deux fins de bertsos aient pu avoir été préparées
par Amuriza avant le championnat. En effet, elles sont applicables à
nimporte quel thème de tendance épico-tragique, leur
fonction nest pas de développer le thème, mais de
renforcer ce qui a été affirmé auparavant. En cela,
Amuriza ne démérite pas, cest peut-être même
là sa plus grande vertu. Cela suppose, entre autres choses, lutilisation
consciente de stratégies rhétoriques. En faisant cela, Amuriza
ne fait que profiter au maximum dun des recours les plus typiquement
oraux, en ladaptant aux nouvelles nécessités expressives.
Dun autre côté, cette utilisation rhétorique
des formules produit un déplacement significatif: ce que nous pourrions
considérer comme un véritable final de discours du bertso
est déplacé à lavant-dernier point, car la
formule occupe précisément le dernier point. Autre exemple
dutilisation de formulation moderne, appliquée dans ce cas
à un thème beaucoup plus ludique et peu important, cest
ce bertso dAndoni Egaña, improvisé dans un de ces
exercices nouveaux, qui consiste, dans ce cas, à imaginer comment
a pu être lenfance de chacun des bertsolaris qui jouent avec
lui dans cette représentation. Lun dentre eux est Mañukorta,
un bertsolari à larchétype dun vieux garçon
malin, pourvu dune grâce naturelle ne provenant pas, précisément,
de lécole:
Il semble
évident que, pour pouvoir improviser ce bertso, Andoni Egaña
a dû expérimenter auparavant les noms des lettres, en essayant
de les cadrer dans des groupes de 5 syllabes. Nous nhésitons
pas à accepter le caractère de formulation de ce type de
bertsos, du moment que lon reconnaît que la nature et la gestion
de ces formules nouvelles sont radicalement différentes à
celles qui sont attribuées par la théorie de loralité.
Pour ne mentionner que le plus évident, il est indéniable
quun bertso comme celui-ci révèle une capacité
analytique certaine. |