AUTEURS

 

INTRODUCTION


I. REALITE SOCIOCULTURELLE DU BERTSOLARISME ACTUEL


II. EQUILIBRES ET DEFIS DU BERTSOLARISME. CLES D'UNE EXPERIENCE CREATIVE DE LA TRADITION


III. LE PROCESSUS DE CREATION DU BERTSO IMPROVISE


IV. PROPOSITION D'UN CADRE THEORIQUE

1. L'impasse du langage poétique écrit

2. Enchantement et désenchantement de la théorie de l'oralité

2.1. Oralité dans l'écriture

2.2. Littérature dans l'oralité

a) Les formules dans le bertsolarisme actuel

b) Expérimentation intellectuelle

c) Eloignement

d) Performance

3. Un nouveau cadre théorique pour le bertsolarisme improvisé

 

V. GLOSSAIRE

B | Expérimentation intellectuelle

Ong nie la capacité d’expérimentation intellectuelle à l’expression orale. C’est la raison pour laquelle il affirme que les expressions orales sont conservatrices et traditionalistes. Comme on a pu le voir dans les premiers chapitres de ce livre —et dans quelques-uns des bertsos pris en exemple— l’expérimentation intellectuelle est un des aspects clés du bertsolarisme actuel.

Le corpus du bertsolarisme improvisé de ces vingt dernières années est plein de pièces qui témoignent de la tendance des bertsolaris actuels à l’expérimentation intellectuelle. En voici pour preuve cet exemple.

Egaña devient, sur l’ordre du meneur de jeu, Platon, Sarasua son disciple âgé de quatorze ans, lequel ne doit que questionner le maître. La séance se déroule en strophes de deux rimes seulement. La métrique est de 10/8 syllabes (majeure). La strophe de deux rimes s’appelle kopla. Ce sont, par conséquent, des koplas majeures. La controverse est trop longue pour pouvoir la reproduire ici dans sa totalité, c’est pour cela que nous avons trié quelques couplets, les deux derniers sont aussi les derniers de la controverse.

Sarasua:
Beste zalantzak ere baditut,
eman zaidazu laguntza;
pentsatzen nago gaur maitasuna
ez ote dugun hitz hutsa.

(J’ai aussi d’autres doutes, / aidez-moi, s’il vous plaît; / aujourd’hui je suis en train de penser / si l’amour ne pouvait être un mot vide)

Egaña:
Ai, ikaslea, gaxtea baina
bide onean zaude zu,
maitasun pixkat badadukazu
duda egiten baduzu.

(O, disciple, tu es jeune / mais tu es dans le bon chemin, / car, du moment que tu en doutes, / tu as déjà un peu d’amour)

Sarasua:
Aspaldi hontan buelta ta buelta
ia ez det hartu lorik,
ta erantzunik ez det aurkitzen:
ba ote dago Jainkorik?

(Dernièrement je tourne et je vire / je n’arrive pas à dormir, / et je ne trouve pas de réponse: / Dieu existe-t-il réellement?)

Egaña:
Zuk botatako galdera hori
ez da hutsaren hurrena,
Jainko asko da, garrantzitsuna
nor berangan dagoena.

(La question que tu me pose / n’est pas aussi facile, / il y a beaucoup de Dieux, mais le plus important / est celui que chacun porte en dedans)

Sarasua:
Baina bizitzak zentzu gutxi du,
gero eta gutxiago,
ni neuz aparte beste Jainkorik
inon ere ez badago.

(Mais la vie a très peu de sens / de moins en moins, / s’il n’existe pas d’autre Dieu / à part le mien)

Egaña:
Aspaldi baten galdera entzun nun,
aho dotore batetik,
ia bizitzak existitzen dun
heriotzaren aurretik.

(Il y a longtemps, j’ai entendu une question / posée par un orateur distingué, / si la vie existe / avant la mort)

Sarasua:
Ondorio bat aterea det,
Platon maitea, adizu:
zuk hitz gehiago dakizu baina
nik bezain gutxi dakizu.

(Cher Platon, écoutez-moi, / j’en arrive à la conclusion que: / vous connaissez plus de mots mais / que vous en savez aussi peu que moi)

Egaña:
Ni erdi tonto bilakatu nau
ondo erantzun ezinak,
ta zu jakintsu bihurtu zaitu
duda eta jakinminak
(53).

(Je suis devenu moitié sot / à force de ne pas pouvoir bien répondre, / et toi tu es devenu savant / à cause de tes doutes et de ta curiosité)