AUTEURS

 

INTRODUCTION


I. REALITE SOCIOCULTURELLE DU BERTSOLARISME ACTUEL


II. EQUILIBRES ET DEFIS DU BERTSOLARISME. CLES D'UNE EXPERIENCE CREATIVE DE LA TRADITION


III. LE PROCESSUS DE CREATION DU BERTSO IMPROVISE


IV. PROPOSITION D'UN CADRE THEORIQUE

1. L'impasse du langage poétique écrit

2. Enchantement et désenchantement de la théorie de l'oralité

2.1. Oralité dans l'écriture

2.2. Littérature dans l'oralité

a) Les formules dans le bertsolarisme actuel

b) Expérimentation intellectuelle

c) Eloignement

d) Performance

3. Un nouveau cadre théorique pour le bertsolarisme improvisé

 

V. GLOSSAIRE

2.2 Littérature dans l’oralité

Dans l’épigraphe précédent, nous avons vu comment la conception réductrice de la théorie de l’oralité nous empêche de capter l’influence de l’oralité sur des genres de production écrite. L’envers du décor est beaucoup plus intéressant.

En effet, la théorie de l’oralité, au moins dans les formulations des règles canoniques de Notopoulos et Ong, établit une distinction radicale entre le mode de production orale et l’écrit.

Ong, par exemple, affirme catégoriquement que, comme conséquence de la pensée ou mentalité orale de laquelle elles dérivent, les expressions orales sont, par nécessité:

• Accumulatrices avant d’être subordonnées
• Accumulatrices avant d’être analytiques
• Redondantes ou copieuses
• Conservatrices et traditionalistes
• Proches du monde humain vital
• De nuances agnostiques
• Empathiques et participatives avant d’être objectivement éloignées
• Homéostatiques
• Situationnelles avant d’être abstraites

Si quelqu’un essaye, comme nous l’avons fait en son temps, de vérifier comment se respectent ces neufs caractéristiques dans le bertsolarisme improvisé actuel, il ne mettra pas longtemps à y renoncer. Il découvrira, en effet, la même chose que G.S. Kirk dans Homère:

…l’épica orale, au moins au niveau jamais égalé de celle d’Homère, peut laisser voir quelques-unes des subtilités distinctives de la poésie écrite.(49)

Ainsi, si dans l’épigraphe précédent nous avons découvert l’importance des stratégies orales dans certains textes écrits, nous trouvons maintenant quelques textes oraux pouvant atteindre la même subtilité que celle de la poésie écrite.

Ceci, évidemment, ne signifie pas qu’arriver à cette subtilité soit le but, pas même une fin en soi, de la littérature orale. Cela signifie seulement qu’il ne faut pas écarter à l’avance la possibilité qu’une telle excellence poétique apparaisse dans les textes oraux, possibilité que la théorie de l’oralité semble nier.

Lorsque cela s’applique à la littérature orale, la poésie écrite est, comme le dénonce Notopoulos, une espèce de lit de Procuste dans lequel la littérature orale est rarement à la hauteur. A l’inverse, la théorie de l’oralité, lorsqu’elle s’applique de forme stricte, est un lit trop petit. Il en est ainsi, selon l’avis Rainer Friedrich, lorsqu’on applique la théorie de l’oralité à la production homérique.

Il convient ici de se souvenir que le célèbre Procuste était l’heureux propriétaire de deux lits. Serait-il possible que les techniques de la poésie orale appliquées à l’épopée d’Homère, aient l’effet du lit court de Procuste?

Selon nous, il en est de même, quoique pour différentes raisons, lorsqu’on prétend utiliser la théorie de l’oralité comme le seul instrument d’analyse du bertsolarisme, tout au moins du bertsolarisme improvisé actuel.

Nous ne pouvons pas vérifier ici, dans quelle mesure se réalisent toutes les caractéristiques attribuées par Ong à l’expression orale. Nous disons seulement que, appliquée jusqu’à ses dernières conséquences, la théorie de l’oralité nous donne une vision réduite du bertsolarisme improvisé. Voyons, ensuite, quelques-uns des aspects les plus importants de cette réduction.